« 29 avril 1865 » [source : BnF, Mss, NAF 16386, f. 110], transcr. Élodie Congar, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.d2728e737, page consultée le 09 août 2026.
[Guernesey], 29 avril [18]65, samedi matin, 6 h. ½
Tu profites de ce petit refroidissement atmosphérique pour ronronner dans ton lit, mon cher bien-aimé, et je t’en approuve car il ne fait rien moins que beau ce matin. Du reste, ce changement n’a rien qui me surprenne car est traditionnel aussi bien à Guernesey qu’à Paris. Il suffit qu’on enlève les tapis et qu’on ferme les cheminées pour faire descendre le thermomètre à zéro. Cette petite taquinerie sénile du bonhomme hiver ne manque jamais quelles que soient les précautions qu’on prenne pour l’éviter. Mais sois tranquille, mon pauvre petit ver à soie, je te ferai du feu tant que tu voudras, dussé-je faire revenir les ramoneurs encore une fois. J’espère que ce changement brusque de température sera favorable à ce brave Henry1 loin grâce à ton rappel énergique. Toi seul pouvais le faire avec cette autorité à laquelle rien ne résiste. Aussi je suis convaincue autant que l’est sa bonne femme que tu l’as empêché de mourir avant-hier. Sois béni jusqu’au bout dans ta bonne action, mon doux adoré, par la reconnaissance de cette pauvre famille comme tu es et sera éternellement admiré et adoré par moi, dans toutes tes œuvres, chef-d’œuvres et bonnes œuvres. J’espère que tu as passé une bonne nuit malgré l’absence de signal2 plus tendre.
1 Victor Hugo à Auguste Vacquerie : « H. H. 27 avril 1865. Je travaillais aussi sur mon toit. Tout à coup Henry est tombé comme foudroyé. Nous avons envoyé chercher tous les médecins possibles. On l’a sinapisé. Rien ne l’a réveillé. On l’a transporté chez lui au Catel, à deux lieues d’ici. J’y suis allé. Je me suis approché de son lit. Sa femme m’a dit : il n’a pas ouvert les yeux. On lui parle. Il ne répond pas. Il ne connaît plus personne. – Je lui ai pris la main, et j’ai crié à haute voix : Henry. Il a ouvert les yeux et a dit : Ah ! Monsieur ! Puis il a souri. On espère maintenant le sauver. »
2 Hugo signale son réveil à Juliette en accrochant un linge à la balustrade de son toit.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
François-Victor Hugo achève son édition des Œuvres complètes de Shakespeare, perd sa fiancée et fuit Guernesey. Son frère Charles se marie. Juliette et Hugo font un long voyage en Belgique, au Luxembourg et sur les bords du Rhin.
- 14 janvierMort d’Emily de Putron, fiancée de François-Victor.
- 28 juin-30 octobreVoyage en Belgique, au Luxembourg et sur les bords du Rhin.
- 17 et 18 octobreMariage de Charles Hugo et Alice Lehaene.
- 25 octobreChansons des rues et des bois.
